Avec les caméras déjà installées sur un quai de chargement, quatre indicateurs sont réellement calculables : l'occupation de chaque porte, la durée de présence d'un véhicule à quai, le délai entre son positionnement et le début effectif des opérations, et le temps pendant lequel une porte reste occupée sans activité détectable. Ce sont des mesures de flux, pas de contenu.
Tout ce qui relève de la nature de la marchandise, du poids, de la conformité documentaire ou de l'identité des personnes sort du périmètre. Confondre les deux familles est la source la plus fréquente de déception sur ce type de projet : la caméra dit quand et combien de temps, elle ne dit pas quoi.
Les caméras de quai sont généralement installées pour la sûreté et la relecture après litige. Elles cadrent la porte, l'aire de manœuvre, parfois l'intérieur de la zone de préparation. Vues sous cet angle, elles permettent de distinguer la présence ou l'absence d'un véhicule à quai, le mouvement d'approche et de départ, la circulation d'engins de manutention entre la zone de stockage et la remorque, et l'ouverture des portes.
De cette observation découlent des mesures de durée. Un véhicule présent à quai pendant une période donnée, des mouvements d'engins détectés ou non pendant cette période : la combinaison des deux donne la base de tous les indicateurs utiles.
Le taux d'occupation par porte, sur la journée et par créneau, montre la répartition réelle de la charge entre les portes et fait apparaître les déséquilibres d'affectation.
La durée de présence à quai, mesurée du positionnement au départ, permet de comparer les portes entre elles et de suivre l'évolution dans le temps. C'est l'indicateur le plus demandé par les exploitants.
Le délai entre positionnement et début d'opération isole une attente qui n'apparaît dans aucun système de gestion : le camion est là, rien ne commence. Cette attente renseigne sur la disponibilité des engins et des équipes bien plus sûrement qu'un ressenti.
Le temps improductif, c'est-à-dire la part de la présence à quai sans activité détectée, complète la série. Il se lit avec prudence, car une activité peut se dérouler hors du champ de la caméra.
Enfin, le respect des créneaux planifiés devient mesurable dès lors que l'horodatage d'arrivée observé est comparé au créneau prévu dans l'outil de gestion.
Une caméra de quai ne compte pas de façon fiable les colis ou les palettes qui transitent par une porte, sauf dispositif dédié avec une vue conçue pour cela. Elle ne lit pas les documents de transport. Elle ne pèse rien. Elle ne vérifie pas la température d'un chargement.
Deux cas demandent une attention particulière. La lecture automatique des plaques d'immatriculation produit une donnée personnelle et relève d'un régime propre, avec une finalité, une durée de conservation et une information spécifiques. L'identification des chauffeurs ou des manutentionnaires sort du périmètre : elle supposerait un traitement biométrique, relevant de l'article 9 du RGPD, ou un suivi individuel qui ne correspond ni à la finalité d'exploitation ni au cadre applicable aux salariés.
Quatre difficultés reviennent sur les quais. Le contre-jour, lorsque la porte ouverte crée une zone très lumineuse face à une zone sombre, ce qui écrase les détails. L'occultation, la remorque masquant une partie de la scène une fois positionnée. La nuit et les intempéries, pluie, neige, projections, qui dégradent l'image sur les aires extérieures. Les angles rasants, qui rendent difficile la distinction entre deux portes voisines.
Avant tout projet, le travail utile consiste à relever pour chaque porte la vue disponible, la résolution effective, la cadence d'images réellement délivrée et le comportement de nuit, puis à classer les portes en deux catégories : celles où la mesure est fiable, et celles où elle demandera un repositionnement ou une vue complémentaire. Lancer un projet sur un parc non audité conduit à des indicateurs hétérogènes d'une porte à l'autre, donc incomparables.
Prises seules, ces mesures décrivent. Rapprochées du système de gestion d'entrepôt ou de transport, elles expliquent. Le rapprochement se fait sur la porte et sur le créneau horaire : à tel créneau, sur telle porte, le système prévoyait une réception, la caméra observe une présence de telle durée avec tel délai avant démarrage.
Deux précautions. Synchroniser les horloges des systèmes, faute de quoi les rapprochements se décalent et deviennent ininterprétables. Documenter la règle d'appariement retenue lorsque plusieurs opérations se succèdent sur une même porte dans un créneau, car c'est là que naissent les écarts de comptage entre les deux sources.
Un quai est un lieu de travail. Le code du travail prévoit l'information des salariés et la consultation des représentants du personnel préalablement à la mise en place d'un dispositif susceptible de permettre un contrôle de leur activité. Le RGPD impose une finalité déterminée, une durée de conservation proportionnée et une information claire.
La ligne de conduite qui tient dans la durée consiste à produire des indicateurs agrégés par porte et par créneau, et non par personne, et à exclure du périmètre toute mesure de performance individuelle. Cette position se formalise par écrit au moment de la consultation : elle conditionne l'acceptation du dispositif par les équipes, donc sa pérennité.
Avant d'utiliser ces indicateurs en pilotage, une phase d'étalonnage est nécessaire. Elle consiste à constituer une vérité terrain sur quelques journées, en relevant à la main les horaires réels de positionnement, de début et de fin d'opération sur un échantillon de portes, puis à comparer avec la mesure automatique.
Cette comparaison donne l'écart typique de la mesure et identifie les portes problématiques. Elle fixe aussi le niveau de précision au-delà duquel il est illusoire d'interpréter un écart. Sans elle, une variation de quelques minutes sera commentée en réunion alors qu'elle relève du bruit de mesure.
CORE, la plateforme de XXII, analyse les flux des caméras déjà en place et produit des indicateurs agrégés, sans reconnaissance faciale. Sur un quai, l'approche consiste à partir des vues disponibles, à qualifier porte par porte ce qu'elles permettent de mesurer, et à restituer des durées et des taux d'occupation destinés à être rapprochés des données du système de gestion.
Un démarrage réaliste tient en quatre points. Choisir deux ou trois portes représentatives plutôt que l'ensemble du quai. Auditer les vues disponibles sur ces portes, de jour comme de nuit. Constituer une vérité terrain sur quelques journées pour mesurer l'écart. Décider, avant de regarder les premiers résultats, quelles décisions d'exploitation ces indicateurs devront alimenter. Un indicateur sans décision associée finit en pièce jointe d'un rapport mensuel que personne n'ouvre.