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Quelles zones instrumenter pour mesurer les flux voyageurs en gare ?

Rédigé par Romane | Oct 6, 2026, 1:35:29 PM

Pour mesurer les flux de voyageurs, une gare n'a pas besoin d'un nouveau parc de capteurs. Les caméras déjà installées pour la sûreté suffisent dans la majorité des cas, à condition de choisir les bonnes vues et d'assigner à chacune une question précise. L'instrumentation consiste donc moins à ajouter du matériel qu'à définir, caméra par caméra, la zone observée et l'indicateur attendu.

Trois familles d'indicateurs couvrent l'essentiel des besoins d'exploitation : la densité de personnes dans une zone, le débit de passage à travers une ligne de comptage, et le temps de parcours entre deux points. Une gare qui dispose de ces trois mesures sur une dizaine de zones bien choisies détecte une congestion avant qu'elle ne bloque un escalier ou un accès quai. La plateforme CORE de XXII repose sur ce principe : elle lit les flux des caméras en place et en extrait ces indicateurs, sans reconnaissance faciale.

Quelles zones instrumenter en priorité dans une gare ?

La liste utile est courte. Les accès principaux et les portes battantes donnent le débit entrant et sortant, donc la charge globale du bâtiment à chaque instant. Les escaliers, escaliers mécaniques et ascenseurs sont les points où une densité élevée devient dangereuse, parce que le flux y est contraint et que le demi tour est impossible. Les zones d'attente devant les écrans de départ concentrent les voyageurs qui ne savent pas encore vers quel quai se diriger, et constituent le meilleur indicateur avancé d'un pic sur les accès quai.

Viennent ensuite les files : guichets, bornes libre-service, contrôle d'accès quand il existe. Puis les couloirs de correspondance, où le temps de parcours révèle un ralentissement bien avant que la densité ne soit visible. Une gare de taille moyenne couvre ces besoins avec dix à vingt zones. Multiplier les zones au-delà complique l'exploitation sans améliorer la décision.

Quelles caméras existantes peuvent servir de capteurs ?

Une caméra convient quand elle voit la zone depuis une hauteur suffisante et avec un angle plongeant. Une vue trop rasante superpose les personnes et empêche de les séparer, ce qui fausse le comptage dès que la densité augmente. C'est précisément dans les moments qui intéressent l'exploitant que la mesure se dégrade alors le plus.

Les autres points à vérifier sont la résolution réellement disponible sur le flux secondaire, le taux d'images par seconde, la stabilité du cadrage et l'éclairage nocturne. Une caméra motorisée pilotée par les agents de sûreté ne convient pas à la mesure : chaque mouvement invalide la zone de comptage. Il reste possible de la conserver pour la sûreté et d'ajouter une caméra fixe dédiée à la mesure sur le même point.

Dans un parc hétérogène, l'audit préalable fait gagner du temps. Classer les caméras en trois groupes, utilisables en l'état, utilisables après réglage, non utilisables, évite de découvrir en fin de projet que les vues les plus critiques sont inexploitables.

Traitement sur site ou traitement dans un cloud ?

Le traitement sur site, directement à proximité des caméras, évite de faire sortir les images du réseau de la gare. Seules les mesures, c'est-à-dire des nombres, remontent vers la supervision. Cette architecture réduit la bande passante nécessaire, simplifie la discussion avec les équipes sécurité des systèmes d'information, et limite la surface de risque en matière de données personnelles.

Le traitement centralisé reste pertinent quand le réseau le permet et quand l'exploitant veut mutualiser la puissance de calcul sur plusieurs sites. Le critère de choix est rarement technique seul : il dépend de la politique interne sur la sortie des images et de la capacité des équipes locales à maintenir du matériel.

Comment intégrer ces mesures à l'exploitation quotidienne ?

Une mesure qui ne déclenche rien ne sert à rien. L'intégration se fait à deux niveaux. En temps réel, les seuils de densité alimentent la supervision existante, poste de commandement ou hypervision, et déclenchent une alerte quand une zone dépasse un niveau défini à l'avance. L'agent reçoit l'information avec le nom de la zone et la tendance sur les dernières minutes, pas une image à interpréter.

En différé, les historiques servent à ajuster les plans de transport et les effectifs. Comparer le profil horaire d'un mardi ordinaire et celui d'un jour de grand départ permet de positionner les agents d'accueil là où ils changent réellement quelque chose. Ces deux usages ne demandent pas les mêmes exports : le temps réel passe par une interface machine, l'analyse passe par un entrepôt de données.

Comment vérifier que la mesure est juste ?

La seule méthode fiable consiste à construire une vérité terrain. Un agent compte manuellement sur une séquence enregistrée, sur plusieurs créneaux représentatifs dont au moins un en forte affluence et un de nuit. L'écart entre le comptage manuel et la mesure automatique donne le niveau de confiance réel sur cette caméra précise.

Cette vérification se refait après chaque modification du parc : nouvelle caméra, changement d'objectif, réaménagement de la zone. Un comptage calibré sur un hall avant travaux ne reste pas valable après le déplacement d'un comptoir. Sans ce contrôle périodique, la mesure dérive sans que personne ne le remarque.

Que dit le cadre légal pour une gare ouverte au public ?

Une gare est un lieu ouvert au public. Les dispositifs de vidéoprotection y sont encadrés par le code de la sécurité intérieure, qui prévoit une autorisation préfectorale et fixe une durée maximale de conservation des images d'un mois. L'ajout d'un traitement d'analyse sur ces flux ne dispense pas de ce cadre, il s'y ajoute.

Côté données personnelles, le RGPD s'applique dès qu'une personne est identifiable sur l'image. La mesure de densité et de débit n'implique pas d'identifier qui que ce soit, ce qui permet de concevoir le traitement pour qu'il ne produise que des données agrégées. La reconnaissance faciale relève des données biométriques, dont le traitement est interdit par principe sauf exception légale : elle n'a pas sa place dans un projet de mesure de flux.

Une analyse d'impact relative à la protection des données est attendue dès lors que le dispositif surveille de manière systématique une zone accessible au public à grande échelle. Enfin, si la mesure porte aussi sur des espaces de travail, la consultation des représentants du personnel prévue par le code du travail doit être menée avant la mise en service.

Par où commencer concrètement ?

Un déploiement raisonnable démarre sur un périmètre restreint : trois à cinq zones, choisies parmi celles où une décision d'exploitation est déjà prise à la main aujourd'hui. L'objectif de la première étape n'est pas de couvrir la gare, mais de vérifier que la mesure correspond à ce que les agents observent et qu'elle arrive au bon endroit, au bon moment.

La question à poser avant toute extension est simple : quelle décision a changé grâce à cette mesure au cours du dernier mois. Si la réponse est vide, le problème se situe dans le routage de l'information ou dans le choix des zones, pas dans la technologie. Élargir le parc avant d'avoir répondu revient à multiplier des indicateurs que personne ne regarde.