Un POC d'analyse vidéo sert à répondre à une question que ni une démonstration ni une réponse à appel d'offres ne permettent de trancher : la solution tient sur vos caméras, dans vos conditions, avec vos équipes. Un POC bien cadré se décide en six à huit semaines et produit un chiffre comparable entre candidats. Un POC mal cadré consomme un trimestre et se conclut par une impression.
La différence tient à trois éléments posés avant de commencer : un périmètre réduit et représentatif, une vérité terrain construite par le client, et des critères d'acceptation écrits avant le premier test. Tout le reste, y compris le choix des candidats, découle de ces trois points.
Une démonstration se déroule sur les séquences de l'éditeur, filmées dans des conditions choisies par lui. Elle montre ce que le produit sait faire au mieux. C'est utile pour comprendre une interface, inutile pour prévoir un taux d'erreur sur un site réel.
Les écarts observés entre une démonstration et un déploiement viennent rarement de l'algorithme. Ils viennent des angles de caméra, de la résolution réellement disponible sur les flux secondaires, de l'éclairage nocturne, des reflets, de l'encombrement des zones. Ces facteurs ne se simulent pas, ils se constatent.
Un POC répond donc à une question de faisabilité sur site, et non de capacité générale du produit.
Quatre rubriques suffisent. La première décrit les cas d'usage retenus, formulés en termes de décision : détecter une densité critique sur telle zone pour déclencher telle action. Un cas d'usage formulé en termes de fonctionnalité, par exemple compter des personnes, ne permet pas de juger le résultat.
La deuxième décrit le périmètre technique : nombre de caméras, références précises, emplacement, conditions d'éclairage, accès réseau, contraintes de sécurité des systèmes d'information. Les éditeurs doivent disposer de ces informations avant de s'engager.
La troisième décrit la méthode d'évaluation, c'est-à-dire comment la vérité terrain est construite et comment l'écart est calculé.
La quatrième fixe les critères d'acceptation chiffrés et les conditions de poursuite. Un POC sans critère de sortie ne se termine jamais vraiment.
Le réflexe de prendre un seul site facile conduit à un POC réussi suivi d'un déploiement difficile. Le réflexe inverse, couvrir largement, allonge les délais sans améliorer la décision.
Un dimensionnement raisonnable retient deux sites et une dizaine de caméras. Un site représentatif de la majorité du parc, et un site difficile : éclairage médiocre, caméras anciennes, zone encombrée. Si la solution tient sur le second, le déploiement est prévisible. Si elle échoue uniquement sur le second, l'acheteur connaît au moins la part de son parc à reprendre, ce qui est une information budgétaire utile.
La durée compte autant que le nombre. Quatre à six semaines de mesure continue couvrent les variations de fréquentation, un jour de forte affluence et une période de mauvaise météo. Une semaine de test donne une photographie, pas une tendance.
C'est le point le plus souvent négligé, et celui qui détermine la valeur de tout le POC. La vérité terrain est un comptage manuel réalisé par le client, sur des séquences enregistrées, pour un échantillon de créneaux représentatifs.
L'échantillon doit comprendre au minimum un créneau de forte affluence, un créneau creux, un créneau nocturne, et un créneau dégradé par les conditions météorologiques ou par des travaux. Une à deux heures par créneau suffisent si les créneaux sont bien choisis.
Ce comptage est réalisé avant de voir les résultats de l'outil. Dans le cas contraire, l'évaluation dérive insensiblement vers une validation de ce que l'outil a produit. C'est une contrainte d'organisation plus que de méthode, et elle se négocie avec les équipes au moment du cadrage, pas en cours de route.
Les critères se formulent en écart mesuré, pas en performance annoncée. Pour un comptage, l'écart relatif par rapport au comptage manuel, calculé par créneau et non en moyenne sur la période. Une moyenne masque les erreurs qui se compensent.
Pour une détection d'événement, deux chiffres sont nécessaires : la part des événements réels effectivement détectés, et le nombre de fausses alertes par caméra et par jour. Le second détermine à lui seul si les équipes continueront à traiter les alertes au bout de trois mois.
S'ajoutent des critères non fonctionnels : délai entre l'événement et l'alerte, disponibilité du service sur la période, temps nécessaire pour ajouter une caméra ou modifier une zone. Ce dernier point préfigure le coût d'exploitation réel.
Un POC réussi sur dix caméras ne dit rien du passage à deux cents. Trois questions méritent d'être posées pendant le POC, pas après.
Comment une nouvelle caméra est ajoutée, par qui, et en combien de temps. Si chaque ajout demande une intervention de l'éditeur, le coût d'exploitation suivra la croissance du parc.
Comment les configurations sont répliquées d'un site à l'autre. Un exploitant multisite a besoin d'indicateurs définis de manière identique partout, sinon la comparaison entre sites est impossible.
Comment les mesures sortent du système. Une interface machine documentée permet d'alimenter la supervision existante et l'entrepôt de données. Une solution qui ne s'ouvre que par son interface web enferme l'exploitant dans un écran de plus.
Un POC traite des données réelles, donc le cadre s'applique dès le premier jour. Si le site est ouvert au public, le dispositif de vidéoprotection relève du code de la sécurité intérieure, et l'analyse appliquée aux flux ne dispense pas de cette autorisation.
Côté RGPD, l'éditeur intervient en qualité de sous-traitant, ce qui suppose un contrat précisant les finalités, les durées de conservation et les mesures de sécurité. L'information des personnes concernées s'applique pendant le POC comme après. Et si des salariés sont dans le champ, la consultation des représentants du personnel prévue par le code du travail doit intervenir avant le démarrage, non à la signature du contrat définitif.
Un dernier point, souvent source de litige : préciser par écrit ce qu'il advient des données et des modèles entraînés à l'issue du POC si le projet ne se poursuit pas.
Trois signaux annoncent un POC stérile. L'absence de vérité terrain construite par le client, qui rend toute comparaison entre candidats impossible. L'absence de critère chiffré de sortie, qui laisse la décision à la dernière réunion de restitution. Et l'absence de destinataire opérationnel identifié pour les mesures produites, qui révèle que le besoin n'est pas encore formulé.
À l'inverse, un POC utile se reconnaît à une chose : à la fin, l'acheteur dispose d'un tableau comparatif avec les mêmes colonnes pour tous les candidats, remplies avec ses propres chiffres. C'est ce tableau qui justifie la décision, pas la qualité de la restitution finale.