Une zone de recharge pour véhicules électriques produit déjà beaucoup de données côté bornes : sessions, énergie délivrée, codes d'erreur. Ces données décrivent ce qui se passe sur la prise, pas ce qui se passe sur la place de stationnement. L'analyse vidéo des caméras existantes vient combler cet angle mort, en mesurant l'occupation réelle des places, les durées de stationnement et les files d'attente.
Quatre indicateurs suffisent à piloter une zone : le taux d'occupation des places par créneau horaire, l'écart entre durée de session de recharge et durée de stationnement, le taux de rotation par place, et la présence d'une file d'attente. Ces mesures ne demandent pas de nouveau capteur sur le sol, elles se calculent à partir des caméras déjà en place sur le parking. Des plateformes comme CORE chez XXII exploitent ce principe, en lisant les flux existants pour produire des compteurs plutôt que des images à regarder.
Les questions d'exploitation sont concrètes. Ajouter des bornes sur ce site, ou traiter d'abord les véhicules qui restent branchés après la fin de la charge. Quelles places sont réellement saturées, et à quelles heures. Combien de conducteurs repartent sans avoir pu se brancher. Le site justifie une signalétique supplémentaire, ou bien une règle de durée maximale.
Les données de supervision des bornes répondent mal à ces questions. Une borne libre dans le système peut être inaccessible parce qu'un véhicule thermique occupe la place, ou parce qu'un véhicule électrique y stationne sans charger. L'écart entre la disponibilité théorique et la disponibilité réelle est précisément ce que la vidéo permet de quantifier.
Le taux d'occupation par place se mesure en continu et se restitue par créneau. Il distingue les places réellement saturées de celles qui paraissent occupées à un instant donné sans l'être sur la journée.
La durée de stationnement se calcule par différence entre l'arrivée et le départ d'un véhicule sur une place. Croisée avec la durée de session remontée par la borne, elle donne la durée d'occupation improductive, c'est-à-dire le temps pendant lequel la place est bloquée sans recharge en cours. Cet écart est souvent la première source de saturation sur les sites urbains.
Le taux de rotation, nombre de véhicules différents par place et par jour, mesure la capacité de service effective. Deux sites avec le même taux d'occupation peuvent avoir des taux de rotation très différents, et donc des dimensionnements à revoir dans des directions opposées.
La file d'attente, enfin, se détecte par la présence de véhicules en stationnement d'attente sur les zones de circulation. C'est l'indicateur le plus directement lié à l'expérience du conducteur, et le plus difficile à obtenir autrement.
La vidéo seule ne sait pas si un câble est branché. La distinction se fait par croisement : la caméra donne la présence d'un véhicule sur la place et sa durée, la borne donne le début et la fin de la session. L'association se fait par place et par horodatage, sans avoir besoin de lire la plaque.
Ce croisement suppose une correspondance fiable entre l'identifiant de place vu par la caméra et l'identifiant de borne dans le système de supervision. C'est un travail de cartographie à faire une fois par site, souvent sous-estimé, et qui conditionne la validité de tout le reste. Une erreur d'appariement entre deux places voisines produit des durées aberrantes qui ne se détectent qu'à la lecture des résultats.
Une caméra de parking convient quand elle couvre les places avec un angle suffisamment plongeant pour éviter que les véhicules ne se masquent les uns les autres. Sur un parking en épi filmé de côté, un véhicule haut cache la place suivante : la mesure sera fausse de manière systématique, et non aléatoire, ce qui la rend difficile à corriger après coup.
L'éclairage nocturne compte autant que la résolution. Beaucoup de zones de recharge sont utilisées la nuit, et une caméra qui bascule en infrarouge perd la couleur sans perdre la capacité de détecter une présence de véhicule. Les conditions météorologiques jouent aussi : pluie forte, reflets sur sol mouillé, neige. Un test sur une période couvrant au moins une intempérie donne une idée plus juste que n'importe quelle démonstration.
Dernier point, la stabilité du cadrage. Une caméra motorisée pilotée par un opérateur invalide la zone de mesure dès le premier mouvement. Pour la mesure, une caméra fixe est préférable.
La mesure d'occupation et de durée ne nécessite pas d'identifier un véhicule ni son conducteur. Conçue ainsi, elle produit des compteurs par place, sans donnée personnelle. C'est le choix de conception à privilégier, parce qu'il simplifie l'ensemble du dossier.
Dès que la lecture de plaques entre dans le périmètre, pour gérer un abonnement ou facturer un dépassement par exemple, le traitement change de nature. Une plaque est une donnée personnelle, et son traitement demande une base légale, une durée de conservation définie et une information des personnes. Ces deux usages gagnent à rester séparés, techniquement et juridiquement.
Si la zone est ouverte au public, le dispositif de captation relève par ailleurs du code de la sécurité intérieure, avec autorisation préfectorale et conservation limitée à un mois. Et si des salariés interviennent sur la zone, la consultation des représentants du personnel prévue par le code du travail s'applique avant la mise en service.
Trois décisions reviennent systématiquement. La première est le dimensionnement : ajouter des points de charge, ou mieux utiliser ceux qui existent. Un taux d'occupation élevé avec une durée improductive élevée appelle une règle d'usage, pas un investissement matériel.
La deuxième est la règle d'exploitation : durée maximale de stationnement sur une place de recharge, tarification de l'occupation après fin de charge, signalétique. Ces règles se discutent mal sans chiffres, et se défendent bien avec une mesure sur plusieurs semaines.
La troisième est la priorisation entre sites. Un exploitant qui gère plusieurs dizaines de zones a besoin de classer ses sites par tension réelle, et non par nombre de sessions. Une mesure homogène sur tout le parc permet de comparer des sites de tailles différentes, ce que les seules données de borne ne permettent pas.
Le test de maturité d'un déploiement est simple : au bout d'un trimestre, une décision d'investissement ou une règle d'usage a été prise sur la base de ces mesures. Dans le cas contraire, la question à reprendre est celle des indicateurs choisis, et de leur destinataire dans l'organisation.