Mesurer le parcours client et le taux de conversion d'une station-service à partir des caméras déjà installées repose sur trois briques : un découpage du site en zones (piste, boutique, caisse, lavage, bornes de recharge), un comptage des passages et des durées de présence dans chacune de ces zones, puis un rapprochement de ces volumes avec les données de caisse. Le taux de conversion boutique correspond au nombre de tickets divisé par le nombre de visiteurs entrés en boutique sur la même période.
L'intérêt de la vidéo, par rapport à un capteur de porte, tient à ce qu'elle mesure ce qui se passe entre les deux extrémités du parcours. Elle indique combien d'automobilistes passent de la piste à la boutique, combien s'arrêtent devant un linéaire sans acheter, et à quels moments la file en caisse se forme. XXII, éditeur français de computer vision, produit ce type d'indicateurs avec sa plateforme CORE en réutilisant les caméras en place, sans reconnaissance faciale.
Quatre grandeurs suffisent à construire une lecture fiable du site.
Le comptage de véhicules et de personnes par zone donne le volume d'entrée : véhicules entrés sur la piste, personnes entrées en boutique, véhicules passés au lavage. La durée de présence indique le temps passé à la pompe, en boutique, en file d'attente. Le taux d'occupation des pistes et des bornes montre la saturation réelle aux heures de pointe. Enfin, les flux de passage entre zones décrivent le parcours : combien de conducteurs qui font le plein entrent ensuite en boutique.
Ces quatre grandeurs se calculent sans identifier personne. Elles produisent des compteurs et des durées, pas des profils individuels.
Le calcul dépend de la conversion que vous cherchez à suivre. Trois indicateurs sont utiles et se calculent séparément.
La conversion piste vers boutique rapporte le nombre de personnes entrées en boutique au nombre de véhicules ayant fait le plein. C'est l'indicateur le plus révélateur du potentiel commercial d'une station : deux sites au trafic identique peuvent afficher des écarts importants selon la visibilité de la boutique, la signalétique et la distance entre la pompe et la porte.
La conversion boutique rapporte le nombre de tickets au nombre de visiteurs entrés. Elle se lit par tranche horaire et met en évidence les moments où le personnel manque, où la file décourage, ou au contraire où l'offre correspond à la demande.
La conversion par zone de la boutique rapporte les ventes d'une catégorie au nombre de visiteurs passés devant le linéaire correspondant. Elle permet de juger un emplacement de tête de gondole ou une opération promotionnelle autrement qu'au volume global.
Il n'est pas nécessaire de couvrir l'ensemble du site pour obtenir des données exploitables. Quatre points suffisent pour démarrer.
L'entrée et la sortie de la piste, pour connaître le trafic réel du site et sa répartition dans la journée. La porte de la boutique, pour séparer les visiteurs des simples passages devant la vitrine. La zone de caisse, pour mesurer la file d'attente et le temps de traitement. Enfin, la zone de recharge électrique lorsqu'elle existe, dont les durées d'occupation ne suivent pas du tout le rythme des pistes carburant.
Les caméras présentes sur ces quatre points ont souvent été installées pour la sûreté, avec des angles pensés pour la levée de doute. Un angle de sûreté n'est pas toujours exploitable pour du comptage. Une vérification préalable des champs de vision, du cadrage et de l'éclairage nocturne évite de découvrir le problème après la mise en service.
Le RGPD s'applique dès lors qu'un traitement porte sur des données à caractère personnel, et l'image d'une personne identifiable en fait partie. Deux principes réduisent nettement la portée du traitement.
Le premier est l'absence de biométrie. Compter des silhouettes et mesurer des durées ne nécessite aucun gabarit facial. La reconnaissance faciale relève des données biométriques, encadrées par l'article 9 du RGPD au titre des catégories particulières de données, avec un régime beaucoup plus contraignant. Une solution d'analyse de flux qui n'y recourt pas évite ce régime.
Le second est la minimisation. L'analyse peut produire uniquement des compteurs agrégés, sans conservation des images utilisées pour les calculer. La donnée qui sort du système est alors un nombre de passages ou une durée moyenne, pas une séquence vidéo.
Restent les obligations habituelles : information des personnes par affichage, définition d'une finalité précise, durée de conservation limitée, analyse d'impact lorsque le traitement le justifie. La CNIL a publié une position sur les caméras dites augmentées qui aide à qualifier l'usage envisagé. Le comptage statistique et le suivi comportemental individuel n'y sont pas traités de la même manière.
Trois conditions déterminent la faisabilité. La résolution et le cadrage doivent permettre de distinguer les personnes dans la zone utile, ce qui suppose une caméra ni trop haute ni trop rasante. L'accès au flux doit être possible, par le réseau local ou par l'enregistreur, avec les droits correspondants. La liaison réseau du site doit supporter le traitement retenu, sachant qu'un traitement effectué sur site limite fortement la bande passante nécessaire puisque seules les données calculées remontent.
Sur un réseau de stations, la bonne méthode consiste à tester un site représentatif des contraintes les plus courantes, pas le site le mieux équipé. Le résultat obtenu sur ce site donne une estimation réaliste du travail d'adaptation à prévoir sur le reste du parc.
Les indicateurs n'ont de valeur que rapportés à une décision. Trois usages reviennent régulièrement.
Le dimensionnement des équipes, en alignant les plages de présence sur les pics réels plutôt que sur une moyenne. L'aménagement de la boutique, en comparant les zones fréquentées et les zones délaissées avant de modifier une implantation. Le suivi des opérations commerciales, en mesurant l'effet d'une animation sur le passage devant le linéaire concerné et non seulement sur le chiffre d'affaires global.
Pour un réseau, l'intérêt principal est la comparaison entre sites. Une station dont la conversion piste vers boutique est nettement inférieure à celle de stations comparables signale un problème identifiable : signalétique, horaires, agencement, ou temps d'attente en caisse. Sans mesure, cet écart reste invisible dans les remontées de chiffre d'affaires.
Commencez par définir la décision que vous voulez prendre, puis les deux ou trois indicateurs qui la justifient. Instrumentez ensuite les zones correspondantes sur un site pilote, sur une durée assez longue pour couvrir les variations de la semaine. La grille obtenue sert de référence pour le déploiement sur le reste du réseau, et la plateforme CORE de XXII a été conçue pour ce type de montée en charge progressive sur un parc de caméras déjà installé.