En gare, l'analyse vidéo par intelligence artificielle sert à transformer les caméras déjà installées en instruments de mesure des flux de voyageurs. Elle produit trois familles d'indicateurs : la densité de personnes par zone en temps réel, les temps de parcours entre deux points du bâtiment, et les débits de passage aux points de resserrement, escaliers, couloirs de correspondance, portillons, accès aux quais. Ces mesures permettent d'agir avant la congestion plutôt que de la constater.
La différence avec un comptage classique tient à la finesse spatiale. Une gare ne sature pas uniformément : elle sature à un endroit précis, à un moment précis, souvent parce que deux flux se croisent. Savoir qu'un couloir de correspondance approche de son seuil critique douze minutes avant l'arrivée du train suivant n'a pas la même valeur opérationnelle que le total journalier de voyageurs. XXII, éditeur français de computer vision, produit ces indicateurs avec sa plateforme CORE, sans reconnaissance faciale.
Une gare ne reçoit pas un flux continu. Les voyageurs y arrivent par vagues calées sur les horaires des trains. Entre deux arrivées, les espaces sont vides ; à la descente d'un train, plusieurs centaines de personnes se dirigent simultanément vers les mêmes sorties.
Les points de resserrement sont donc largement prévisibles : escaliers mécaniques et fixes desservant un quai, couloirs de correspondance entre deux lignes, zone de validation, sortie principale, abords des écrans d'information. Ce qui change d'un jour à l'autre, c'est l'intensité et la simultanéité. Deux trains qui arrivent à trois minutes d'intervalle au lieu de huit produisent une situation sans commune mesure avec la moyenne.
C'est cette variabilité que la mesure continue permet de saisir. Une moyenne horaire lisse exactement le phénomène qu'il faudrait observer.
Le nombre de personnes présentes dans un espace délimité, rapporté à sa surface, donne une lecture directe du confort et du risque. Des seuils définis par zone, en concertation avec l'exploitation et la sûreté, permettent de déclencher une alerte à l'approche de la limite plutôt qu'au dépassement.
Le nombre de personnes franchissant une ligne virtuelle par minute mesure la capacité réellement utilisée d'un escalier ou d'un couloir. Comparé à sa capacité théorique, il révèle les goulots qui n'apparaissent pas dans les plans.
La durée moyenne pour rejoindre un quai depuis le hall constitue l'indicateur de correspondance le plus parlant. Il se mesure sans suivre aucun individu nommément, par comparaison statistique des flux entrants et sortants d'une zone.
Un ralentissement général dans un couloir précède visiblement l'arrêt. Cet indicateur donne souvent l'alerte la plus précoce, avant même que la densité n'atteigne son seuil.
La correspondance est le moment où la gare produit le plus de valeur et le plus de risque. Trois usages reviennent.
Le premier concerne la répartition des voyageurs entre plusieurs itinéraires équivalents. Une gare offre souvent deux ou trois chemins pour rejoindre un même quai. Lorsque la mesure montre qu'un couloir sature pendant qu'un autre reste libre, l'information voyageur peut orienter une partie du flux vers l'itinéraire disponible, par affichage dynamique ou par annonce sonore.
Le deuxième concerne le calage des temps de correspondance annoncés. Les durées affichées reposent généralement sur un temps de marche théorique. La mesure réelle, par créneau, montre l'écart entre ce théorique et les conditions d'affluence, et permet de réviser les correspondances jugées trop justes à certaines heures.
Le troisième concerne la préparation des situations dégradées. Un train supprimé reporte ses voyageurs sur le suivant. Connaître la densité en cours dans les zones d'attente au moment où la décision est prise change la façon de la communiquer et de positionner les agents.
L'information voyageur classique diffuse des horaires. Des données de flux lui permettent de diffuser aussi des consignes utiles au moment où elles le sont.
Trois messages fonctionnent bien en gare. L'orientation vers un accès moins chargé, formulée simplement et affichée avant le point de décision, donc en amont du couloir concerné. L'indication de la répartition des voyageurs le long du quai, qui limite la concentration devant les premières voitures. Enfin, l'annonce d'un temps d'attente réel à un point de contrôle ou à un guichet, qui réduit l'irritation davantage que la durée d'attente en soi.
La condition de réussite est la même dans les trois cas : le message doit précéder le point de décision. Une consigne affichée dans le couloir déjà saturé arrive trop tard.
Les indicateurs n'ont de valeur que rapportés à une décision. En gare, quatre décisions reviennent régulièrement.
Le positionnement des agents d'accueil et de sûreté sur les créneaux et les zones où la densité monte réellement, au lieu d'une répartition fixe. L'ouverture ou la fermeture de lignes de validation selon le débit observé. L'adaptation des horaires d'entretien pour éviter qu'un nettoyage ne réduise la largeur utile d'un couloir au moment d'une vague. Enfin, l'arbitrage sur les aménagements, lorsque la mesure montre qu'un goulot est structurel et non conjoncturel.
Sur un réseau de gares, la comparaison entre sites comparables constitue le principal apport. Une gare dont le temps de correspondance se dégrade nettement plus vite que des gares de configuration voisine signale un problème identifiable : signalétique, largeur d'un accès, position d'un équipement.
Côté technique, trois conditions déterminent la faisabilité. Le cadrage des caméras doit permettre de distinguer les personnes dans la zone utile, ce qui exclut souvent les caméras montées très haut pour la levée de doute. L'accès aux flux doit être possible par le réseau local ou par l'enregistreur. La liaison du site doit supporter le mode de traitement retenu, sachant qu'une analyse effectuée sur place limite fortement la bande passante puisque seules les données calculées remontent.
Côté juridique, le RGPD s'applique dès qu'un traitement porte sur des données à caractère personnel, et l'image d'une personne identifiable en fait partie. Une solution qui compte des silhouettes et mesure des durées, sans recourir à la reconnaissance faciale, évite le régime des données biométriques prévu par l'article 9 du RGPD. Les obligations habituelles demeurent : information des personnes par affichage, finalité définie et non détournée, durée de conservation limitée, analyse d'impact lorsque le traitement le justifie. La CNIL a publié une position sur les caméras dites augmentées qui aide à qualifier l'usage envisagé. Lorsque des salariés sont concernés, la consultation des instances représentatives du personnel s'impose dans les conditions prévues par le code du travail.
Choisissez une zone et une décision, pas un programme complet. Un couloir de correspondance connu pour saturer, un escalier de quai, une zone de validation suffisent à produire une première grille de lecture. Mesurez pendant plusieurs semaines pour couvrir les variations de la semaine et les jours atypiques, puis confrontez la mesure à ce que les équipes de terrain observent : les écarts entre les deux sont souvent les enseignements les plus utiles.
La plateforme CORE de XXII a été conçue pour ce type de déploiement progressif sur un parc de caméras déjà installé, avec une exploitation locale ou centralisée selon les contraintes du site.