Compter les palettes présentes dans un entrepôt par analyse vidéo consiste à appliquer un modèle de vision par ordinateur aux flux des caméras déjà installées, pour détecter les palettes dans des zones définies — quais, zones tampons, allées de stockage — et en produire un comptage continu. Contrairement au scan en réception ou à la RFID, la méthode ne suit pas une palette identifiée : elle mesure une quantité présente à un endroit et à un instant donnés.
C'est précisément là qu'elle comble un manque. La plupart des entrepôts savent ce qui est entré et ce qui est sorti, parce que ces événements sont scannés. Beaucoup moins savent, à 15 h un mardi, combien de palettes stationnent réellement en zone tampon ou combien de positions quai sont occupées. Cette visibilité-là ne se trouve pas dans le WMS : elle se constate en marchant dans l'entrepôt.
Le système d'information de l'entrepôt raisonne en événements : une palette est réceptionnée, affectée à un emplacement, prélevée, expédiée. Entre deux événements, sa position physique réelle relève de la convention plutôt que de l'observation.
Or les écarts s'accumulent précisément dans les zones où l'on ne scanne pas : la zone de dégagement devant un quai, le tampon avant contrôle qualité, l'allée où l'on pose « en attendant ». Ces zones absorbent les à-coups de l'exploitation, et c'est là que la congestion se forme.
Le recours habituel est l'inventaire tournant ou le tour de zone effectué par un chef d'équipe. Fiable, mais ponctuel : il donne une valeur à 8 h qui ne dit rien de la situation à 14 h, au moment où une décision d'affectation de quai aurait été utile.
C'est la référence pour la traçabilité unitaire : chaque palette est identifiée, rattachée à une commande, suivie dans son cycle. En contrepartie, la donnée n'existe qu'au moment du scan, et toute manipulation non scannée devient invisible.
Les tags RFID permettent une lecture sans contact et un inventaire beaucoup plus rapide. Le modèle suppose en revanche que les palettes soient taguées — ce qui pose la question des palettes entrantes non équipées par les fournisseurs — et que des portiques ou lecteurs mobiles couvrent les zones concernées.
Capteurs au sol, cellules, systèmes de localisation embarqués sur les chariots : efficaces sur un périmètre restreint, ils impliquent un déploiement matériel proportionnel à la surface couverte, ce qui limite l'extension à l'ensemble d'un site.
Les entrepôts sont déjà largement équipés de caméras, installées pour la sûreté et la levée de doute. L'analyse vidéo réutilise ces flux pour produire un comptage par zone, sans matériel supplémentaire et sans modification des processus de scan existants. Elle ne remplace pas le WMS : elle documente ce qui se passe entre deux scans.
Le traitement se décompose en trois étapes. Un modèle de détection d'objets repère les palettes dans l'image, y compris partiellement masquées ou empilées. Des zones d'intérêt sont ensuite tracées sur la vue de chaque caméra pour délimiter ce qui est compté : cette position quai, cette travée, ce carré au sol. Enfin, le comptage est publié à intervalle régulier, avec un historique qui permet de reconstituer la courbe d'occupation de la zone.
Deux indicateurs en découlent directement. Le taux d'occupation d'une zone rapporte le nombre de palettes présentes à la capacité théorique de cette zone. Le temps de stationnement mesure depuis combien de temps la zone est occupée au-delà d'un seuil, ce qui identifie les points de blocage mieux qu'une valeur instantanée.
La fiabilité dépend moins du modèle que de la scène observée.
L'angle de vue. Une caméra rasante fait disparaître les palettes situées derrière les premières. Une vue plongeante, même partielle, sépare beaucoup mieux les unités. Sur un parc existant, une à deux caméras repositionnées par zone suffisent souvent à changer la qualité du résultat.
L'éclairage et les occultations. Les zones de quai alternent contre-jour et pénombre selon l'heure et l'ouverture des portes. Un chariot stationné devant une pile masque durablement le comptage. Ces cas se traitent au calage, en combinant plusieurs vues ou en excluant des périodes.
L'hétérogénéité des palettes. Filmées, à demi montées, en europalette ou en format spécifique : plus la variété est grande, plus la phase d'ajustement compte. C'est le principal facteur d'écart entre une démonstration et un site réel.
La définition de ce qu'on compte. Une palette posée à cheval sur deux zones appartient à laquelle ? La règle doit être fixée avec les équipes d'exploitation avant la mise en service, sinon chaque écart constaté relancera la discussion.
Trois usages reviennent le plus souvent.
Piloter la congestion des quais. Savoir en temps réel quelles positions sont libres permet d'affecter un camion à l'arrivée plutôt qu'au tour de rôle, et d'anticiper un engorgement avant qu'il ne remonte sur la cour.
Objectiver les zones tampons. Une courbe d'occupation sur quelques semaines montre si une zone sature ponctuellement ou structurellement — deux problèmes qui n'appellent pas les mêmes réponses, et que le ressenti terrain confond souvent.
Détecter les écarts avec le système. Un comptage physique divergeant du stock théorique sur une zone signale une manipulation non scannée ou une erreur d'affectation, bien avant l'inventaire suivant.
Un entrepôt est un lieu de travail, ce qui change la donne par rapport à un espace recevant du public. La CNIL encadre strictement la vidéosurveillance au travail : les caméras ne doivent pas placer les salariés sous surveillance permanente, et un dispositif ne peut servir à contrôler individuellement l'activité d'un opérateur.
Un comptage de palettes se situe du bon côté de cette ligne à trois conditions : il porte sur des objets et non sur des personnes, il ne produit aucune donnée nominative ou de performance individuelle, et son périmètre est limité aux zones logistiques utiles. S'y ajoutent les obligations propres au contexte professionnel — information des salariés, consultation des instances représentatives du personnel, inscription au registre des traitements. Ces points relèvent du DPO et des ressources humaines de l'exploitant, et se traitent avant le déploiement plutôt qu'après.
Le chemin le plus court passe par une zone unique et un indicateur unique. Une zone de quai ou un tampon couvert par deux ou trois caméras existantes, un comptage publié en continu, et deux à trois semaines de comparaison avec les relevés manuels de l'équipe. Cette phase de calage établit le niveau d'écart acceptable et, surtout, crée la confiance dans le chiffre — condition sans laquelle aucun indicateur ne sera utilisé pour décider.
XXII développe CORE, une plateforme française d'analyse vidéo qui exploite les caméras déjà installées pour produire ce type d'indicateurs en entrepôt : comptage par zone, taux d'occupation, temps de stationnement, alertes de seuil. L'approche évite l'ajout de matériel et s'intègre aux outils d'exploitation existants, dans un cadre conforme au RGPD.