Comparer les temps d'attente et les points de congestion entre plusieurs gares suppose d'abord que la mesure soit produite de la même manière partout : mêmes définitions, mêmes zones de référence, même pas de temps. Sans cette homogénéité, un écart entre deux gares renseigne surtout sur la façon dont elles ont été instrumentées, pas sur leur exploitation.
Une fois cette condition remplie, la comparaison devient un outil de pilotage de réseau : elle permet d'identifier les sites qui dégradent le plus l'expérience voyageur à charge comparable, de repérer les créneaux critiques récurrents et de prioriser les actions correctives. XXII applique ce principe avec sa plateforme CORE, qui exploite les caméras déjà installées pour produire des indicateurs de flux sans reconnaissance faciale.
L'échec vient rarement de la technologie. Il vient de définitions divergentes. Dans une gare, le temps d'attente est mesuré du moment où le voyageur entre dans la file jusqu'au passage du contrôle. Dans une autre, il démarre à l'entrée du hall. Une troisième mesure une densité moyenne sur une zone large et l'appelle congestion.
Les pas de temps divergent également : une moyenne horaire lisse des pics de cinq minutes qui sont précisément ce que l'exploitation cherche à traiter. Enfin, les zones de référence ne couvrent pas les mêmes surfaces, ce qui rend les densités incomparables.
La première étape d'un projet de comparaison est donc documentaire, pas technique : écrire les définitions, les faire valider, puis les appliquer uniformément.
Quatre familles d'indicateurs se comparent correctement, à condition d'être définies strictement.
Nombre de personnes franchissant une ligne par unité de temps. C'est l'indicateur le plus robuste, car il dépend peu de la géométrie des lieux. Il sert de base à la mesure de charge.
Nombre de personnes présentes rapporté à la surface utile de la zone. L'indicateur n'a de sens que si la surface est mesurée et documentée pour chaque zone, faute de quoi la comparaison entre gares devient arbitraire.
Durée entre deux points de passage. La comparaison exige que ces deux points soient définis de manière équivalente d'une gare à l'autre, ce qui est rarement immédiat sur des bâtiments de configurations différentes.
Temps cumulé pendant lequel une zone dépasse un niveau de densité jugé critique. Cet indicateur est souvent le plus utile pour un pilotage de réseau, car il traduit directement une dégradation ressentie et se prête bien à un classement.
Une grande gare traite plus de voyageurs et connaît mécaniquement plus d'épisodes de congestion. Un classement brut sanctionne donc la taille plutôt que l'exploitation. Trois normalisations corrigent ce biais.
La première rapporte l'indicateur à la charge : durée de dépassement de seuil pour mille voyageurs traités, par exemple. La deuxième compare chaque gare à sa propre performance sur une période antérieure, ce qui mesure une évolution plutôt qu'un niveau. La troisième constitue des groupes de gares comparables par typologie, selon le nombre de quais, la présence de correspondances ou la part de trafic régional, puis compare à l'intérieur de chaque groupe.
Ces trois approches se combinent. Prises isolément, chacune produit des conclusions discutables.
Une comparaison entre gares alimente des décisions de nature différente selon l'horizon.
Le passage de la mesure à la décision suppose un élément souvent négligé : savoir qui regarde l'indicateur, à quelle fréquence, et quelle action cette personne est autorisée à déclencher. Un tableau de bord sans destinataire désigné ne produit aucun effet.
Quelques précautions simples évitent les conclusions hâtives :
La mesure de flux par analyse vidéo dans un espace accessible au public relève du RGPD. Les principes structurants sont la finalité, limitée à la gestion des flux et à la sûreté, la minimisation, qui conduit à produire des comptages et des durées plutôt qu'à conserver des images, et l'information des personnes présentes.
La distinction avec un traitement biométrique est essentielle : compter des silhouettes et mesurer des durées de parcours ne suppose à aucun moment d'identifier une personne. La CNIL publie des ressources sur les dispositifs de mesure de fréquentation dans les espaces accessibles au public, qui constituent la référence à instruire en amont du projet. Lorsque des agents sont susceptibles d'être filmés, les règles relatives au contrôle de l'activité professionnelle s'appliquent en complément.
Un déploiement progressif donne de meilleurs résultats qu'un lancement général. Commencer par trois à cinq gares représentatives de typologies différentes, figer les définitions sur ce périmètre, valider la cohérence des mesures par des comptages manuels de contrôle, puis étendre. Cette séquence coûte quelques semaines et évite de reconstruire l'ensemble du référentiel une fois le parc équipé.
Sur ce type de projet, la plateforme CORE de XXII produit les indicateurs à partir des caméras existantes et les met à disposition de la supervision. La valeur se joue moins dans la détection que dans la discipline de définition qui rend les gares comparables.